Voici un film qui échappe, peu ou prou, à la catégorisation. Ni documentaire, ni fiction. Pas seulement plongée sensible dans une ville _Los Angeles, fin des années 50_, pas vraiment portrait de femme en bonne et dûe forme _Janice, grande sœur californienne et divorcée de Sue perdue Manhattan_, The Savage eye imbrique habilement ces deux lignes fortes, pour, au final, délivrer une vision admirablement documentée et photographiée d’un être humain « alone » dans la cité, l’esquisse inspirée d’une femme sous influence et en errance, un instantané d’une ville peuplée de solitudes, d’un enfer terrestre familier…
A maints égards, le film se distingue. D’abord dans sa production : un tournage au long cours, sur quatre ans, une réalisation par trois hommes, Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick. Ceci expliquerait-il celà, c’est à dire la singularité de l’écriture ? Le récit est en effet porté par le dialogue, intégralement en voix-off, entre Janice et « Le Poète », conversation intérieure entre l’héroïne et sa conscience vigilante. Les phases dialoguées, portées par une prose poétique puissante et de haute tenue _ « il y a deux sortes de gens, ceux qui vivent et ceux qui ont peur »_ laissent régulièrement la place à des périodes musicales, qui accompagnent les intermèdes spécifiquement documentaires, captations aux sujets emblématiques d’une certaine photographie américaine, attachée au social et à la marge : faits divers, réunions religieuses, défilé cosmopolite de travestis, combats de boxe, scènes de bar… Pas de surprise, donc, à découvrir la photographe Helen Levitt créditée à la prise de vue, au regard de plans à l’impeccable noir et blanc et d’un sens du cadre remarquable...
Dans sa réalisation, The savage eye s’apparente à un documentaire au sein duquel la fiction se serait invitée en catimini. Ce parti pris n’est pas sans rappeler Mourir un peu d’Alvaro Covacevich, moyen métrage chilien daté de 1969, exhumé par le Festival des Trois continents à Nantes en 2006, périple urbain d’un homme sans qualités et sans identité, des hauteurs d’un bidonville à un club de strip-tease, le tout saisi discrètement et sur le vif, capté à l’arraché, fiction existentielle en prise directe avec le réel et l’époque…Contrairement à cet anonyme, l’héroïne dispose d’un prénom, d’une histoire qui rime, ici, avec quête de soi et reconstruction… « Alone », certes, mais, dans les dernières minutes du film, « alive »…
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||