Vaut-il mieux être sifflé ou décrocher la Palme à Cannes? S’impose l’image du poing brandi par Pialat : donc, les deux, combinaison plutôt rare, pas forcément inaccessible lorsque le jury n’en
fait qu’à sa tête (Dernier prix d’excellence: celui présidé par Cronenberg en 1999). Et s'il fallait choisir?
Lors de la projection cannoise de son dernier long-métrage, Garrel a subi l’épreuve des sifflets. Traumatisant pour le réalisateur de La cicatrice intérieure. Qu’il se rassure : à l’instar de l’essentiel de sa filmographie, La frontière de l’aube restera, bien qu’il ne présente pas la perfection de son opus précédent, Les amants réguliers.
Après coup, on s’y attache. Des jours plus tard, on y revient, le film s’immiscant petit à petit, venant titiller notre imaginaire sevré de cette veine fictionnelle où l’amour, la difficulté de vivre et l’instinct de mort se combinent avec évidence, grâce et déraison…
Imparfait (la bande-son, parfois faiblarde), le film désarçonne par sa structure simple, voir simpliste : deux parties pour deux femmes, dissemblables, qui se succèdent dans la vie sentimentale du héros. Trait habituel, chez Garrel, le casting féminin est étrange, un peu crispant (Laura Smet, charnelle et boudeuse; Camille Pouzas, tendre et craintive, à la présence effacée).
Insaisissable, louvoyant, le récit se tisse progressivement autour du caractère plus complexe qu’il n’y parait du héros masculin, jeune homme garrelien par exellence : d’emblée, Garrel fils apparait en retrait, absent du champ… Déjà parti?
Son incapacité au bonheur conjugal “bourgeois” n’apparaît pas irréversible, quasiment à portée de main et de coeur… Avant que le spectre de Laura Smet ne vienne se substituer à son reflet dans le miroir, comme annonciateur d’un effacement à venir…
La conclusion est terrible, l’épilogue, superbe et poignant dans son interprétation : non seulement variation anachronique et déraisonnable, donc salutaire, autour de “l’amour à mort”, mais, surtout, la révélation d’un amour qui ne se connaissait pas, qui se révèle au jeune homme, un an après; une passion défunte, ravivée par la peur du bonheur, et qui l’emporte, comme une maladie foudroyante…
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