“Il était une fois…” Guy Maddin réalisateur, restituant en images un pan de l’histoire de Guy Maddin adulte, de retour dans le phare familial, érigé sur une île… En douze chapitres, il se souvient…
“Il était une fois” Guy Maddin enfant, sa grande soeur délurée, sa mère autoritaire et castratrice, son père scientifique aux expériences troubles, des orphelins, parfois victime épileptique, parfois bourreau sadique… Et aussi, des aérophones portables pour communiquer, des héros de romans policiers qui prennent vie, des manipulations nocturnes mystérieuses, des faux sortilèges abracadabresques pour séduire son aimée… L’un ressucite, une autre rajeunit à la demande, puis vieillit, illico presto, sur un coup de la colère… La plupart, majoritairement les enfants, présentent de mystérieux et inexpliqués trous dans la tête, plus précisément sur la nuque… Comiques, légères, angoissantes ou inquiétantes, les péripéties se succèdent, sans temps morts, émaillées des injonctions récurrentes de la mère, en vigie dans le phare tournoyant : “Guy? Where are you?”
“Il était (donc) une fois” le cinéma selon Maddin, sous forme d’une autobiographie psychanalytique et horrifique, nourrie de références qui imprègnent l’imaginaire enfantin : la littérature policière, la science-fiction, les contes pourvoyeurs de figures archétypales comme le Petit Poucet, la Marâtre, l’Ogre… Un cinéma où, par exemple, l’une des parties s’intitule “Les aventures des gants déshabilleurs”. Tout un programme… En effet, il ne faut pas omettre la dimension sexuelle et érotique, l’inceste et l’ambiguité sexuelle étant suggérés ou soulignés.
Ce retour en arrière revêt l’aspect d’un cauchemard merveilleux, à la fois cohérent et surnaturel, vraisemblable et fantastique. Cette reconstitution sauvage de scènes traumatiques adopte une esthétique datée du film muet (noir et blanc, image vieillote, éclairages marqués, cartons intercallaires…), avec un montage assez frénétique, parfois agaçant… Souvent plaisante à l’oeil (l’excès de lumière blanche sied aux visages). Parfois malaisée à appréhender, bien que la tentative autofictionnelle de Maddin soit touchante et atypique : ce conte cinématographique pour adultes est-il feuilleté par un homme selon le prisme d’un imaginaire surpuissant, qui trouverait sa forme dans l’esthétique du cinéma primitif? Ou le narrateur se remémore-t-il ces événements en adoptant le point de vue de Maddin gamin, en se focalisant sur les blessures traumatiques, en remodelant les faits avérés de l’histoire familiale? Enoncé plus simplement : restitution subjective ou recomposition objective?