Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 11:39

 “Il était une fois…” Guy Maddin réalisateur, restituant en images un pan de l’histoire de Guy Maddin adulte, de retour dans le phare familial, érigé sur une île… En douze chapitres, il se souvient…

“Il était une fois” Guy Maddin enfant, sa grande soeur délurée, sa mère autoritaire et castratrice, son père scientifique aux expériences troubles, des orphelins, parfois victime épileptique, parfois bourreau sadique… Et aussi, des aérophones portables pour communiquer, des héros de romans policiers qui prennent vie, des manipulations nocturnes mystérieuses, des faux sortilèges abracadabresques pour séduire son aimée… L’un ressucite, une autre rajeunit à la demande, puis vieillit, illico presto, sur un coup de la colère… La plupart, majoritairement les enfants, présentent de mystérieux et inexpliqués trous dans la tête, plus précisément sur la nuque… Comiques, légères, angoissantes ou inquiétantes, les péripéties se succèdent, sans temps morts, émaillées des injonctions récurrentes de la mère, en vigie dans le phare tournoyant : “Guy? Where are you?”

“Il était (donc) une fois” le cinéma selon Maddin, sous forme d’une autobiographie psychanalytique et horrifique, nourrie de références qui imprègnent l’imaginaire enfantin : la littérature policière, la science-fiction, les contes pourvoyeurs de figures archétypales comme le Petit Poucet, la Marâtre, l’Ogre… Un cinéma où, par exemple, l’une des parties s’intitule “Les aventures des gants déshabilleurs”. Tout un programme… En effet, il ne faut pas omettre la dimension sexuelle et érotique, l’inceste et l’ambiguité sexuelle étant suggérés ou soulignés. 

Ce retour en arrière revêt l’aspect d’un cauchemard merveilleux, à la fois cohérent et surnaturel, vraisemblable et fantastique. Cette reconstitution sauvage de scènes traumatiques adopte une esthétique datée du film muet (noir et blanc, image vieillote, éclairages marqués, cartons intercallaires…), avec un montage assez frénétique, parfois agaçant… Souvent plaisante à l’oeil (l’excès de lumière blanche sied aux visages). Parfois malaisée à appréhender, bien que la tentative autofictionnelle de Maddin soit touchante et atypique : ce conte cinématographique pour adultes est-il feuilleté par un homme selon le prisme d’un imaginaire surpuissant, qui trouverait sa forme dans l’esthétique du cinéma primitif? Ou le narrateur se remémore-t-il ces événements en adoptant le point de vue de Maddin gamin, en se focalisant sur les blessures traumatiques, en remodelant les faits avérés de l’histoire familiale? Enoncé plus simplement : restitution subjective ou recomposition objective?      
Par Constance Z. - Publié dans : Critiques
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Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 11:21

Voici un film qui échappe, peu ou prou, à la catégorisation. Ni documentaire, ni fiction. Pas seulement plongée sensible dans une ville _Los Angeles, fin des années 50_, pas vraiment portrait de femme en bonne et dûe forme _Janice, grande sœur californienne et divorcée de Sue perdue Manhattan_, The Savage eye imbrique habilement ces deux lignes fortes, pour, au final, délivrer une vision admirablement documentée et photographiée d’un être humain « alone » dans la cité, l’esquisse inspirée d’une femme sous influence et en errance, un instantané d’une ville peuplée de solitudes, d’un enfer terrestre familier…

A maints égards, le film se distingue. D’abord dans sa production : un tournage au long cours, sur quatre ans, une réalisation par trois hommes, Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick. Ceci expliquerait-il celà, c’est à dire la singularité de l’écriture ? Le récit est en effet porté par le dialogue, intégralement en voix-off, entre Janice et « Le Poète », conversation intérieure entre l’héroïne et sa conscience vigilante. Les phases dialoguées, portées par une prose poétique puissante et de haute tenue _ « il y a deux sortes de gens, ceux qui vivent et ceux qui ont peur »_ laissent régulièrement la place à des périodes musicales, qui accompagnent les intermèdes spécifiquement documentaires, captations aux sujets emblématiques d’une certaine photographie américaine, attachée au social et à la marge : faits divers, réunions religieuses, défilé cosmopolite de travestis, combats de boxe, scènes de bar… Pas de surprise, donc, à découvrir la photographe Helen Levitt créditée à la prise de vue, au regard de plans à l’impeccable noir et blanc et d’un sens du cadre remarquable...

Dans sa réalisation, The savage eye s’apparente à un documentaire au sein duquel la fiction se serait invitée en catimini. Ce parti pris n’est pas sans rappeler Mourir un peu d’Alvaro Covacevich, moyen métrage chilien daté de 1969, exhumé par le Festival des Trois continents à Nantes en 2006, périple urbain d’un homme sans qualités et sans identité, des hauteurs d’un bidonville à un club de strip-tease, le tout saisi discrètement et sur le vif, capté à l’arraché, fiction existentielle en prise directe avec le réel et l’époque…Contrairement à cet anonyme, l’héroïne dispose d’un prénom, d’une histoire qui rime, ici, avec quête de soi et reconstruction… « Alone »,  certes, mais, dans les dernières minutes du film, « alive »… 

Par Constance Z.
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 18:22

Vaut-il mieux être sifflé ou décrocher la Palme à Cannes? S’impose l’image du poing brandi par Pialat : donc, les deux, combinaison plutôt rare, pas forcément inaccessible lorsque le jury n’en fait qu’à sa tête (Dernier prix d’excellence: celui présidé par Cronenberg en 1999). Et s'il fallait choisir? 

Lors de la projection cannoise de son dernier long-métrage, Garrel a subi l’épreuve des sifflets. Traumatisant pour le réalisateur de La cicatrice intérieure. Qu’il se rassure : à l’instar de l’essentiel de sa filmographie, La frontière de l’aube restera, bien qu’il ne présente pas la perfection de son opus précédent, Les amants réguliers.

Après coup, on s’y attache. Des jours plus tard, on y revient, le film s’immiscant petit à petit, venant titiller notre imaginaire sevré de cette veine fictionnelle où l’amour, la difficulté de vivre et l’instinct de mort se combinent avec évidence, grâce et déraison…

Imparfait (la bande-son, parfois faiblarde), le film désarçonne par sa structure simple, voir simpliste : deux parties pour deux femmes, dissemblables, qui se succèdent dans la vie sentimentale du héros. Trait habituel, chez Garrel, le casting féminin est étrange, un peu crispant (Laura Smet, charnelle et boudeuse; Camille Pouzas, tendre et craintive, à la présence effacée).

Insaisissable, louvoyant, le récit se tisse progressivement autour du caractère plus complexe qu’il n’y parait du héros masculin, jeune homme garrelien par exellence : d’emblée, Garrel fils apparait en retrait, absent du champ… Déjà parti?

Son incapacité au bonheur conjugal “bourgeois” n’apparaît pas irréversible, quasiment à portée de main et de coeur… Avant que le spectre de Laura Smet ne vienne se substituer à son reflet dans le miroir,  comme annonciateur d’un effacement à venir…

La conclusion est terrible, l’épilogue, superbe et poignant dans son interprétation : non seulement variation anachronique et déraisonnable, donc salutaire, autour de “l’amour à mort”, mais, surtout, la révélation d’un amour qui ne se connaissait pas, qui se révèle au jeune homme, un an après; une passion défunte, ravivée par la peur du bonheur, et qui l’emporte, comme une maladie foudroyante…

Retranché dans sa tour cinématographique, Garrel s’adresse au spectateur comme aucun réalisateur contemporain, nous rappelant ce que nous ne sommes pas ou plus… Un message essentiel et précieux.  
Par Constance Z.
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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /Oct /2008 18:36

Il nous intéresserait de connaître les prémices d’un projet comme Tokyo, de disposer, à l’occasion, d’un compte-rendu des réunions brainstorming à l’origine de ces collections fourre-tout de court-métrages, le plus souvent décevantes, à thème imposé et casting choisi (hier Paris; aujourd’hui, le porno vu par les femmes).

Un “truc”, un “coup” de producteurs malins, bien introduits aurpès des financeurs et en panne d’idées, c’est clair. Une “affaire” qui peut obtenir le soutien actif ou passif de l’Office de tourisme concerné, ça va de soi. Un “machin” autour duquel créer le buzz est chose aisée, ça se confirme…

Il nous plairait aussi de connaître le budget de Tokyo, histoire de remettre certaines pendules à l’heure. Le spectateur resté vissé sur son siège jusqu’à l’issue de la séance, est en droit d’estimer que chaque partie du tout tokyoïte a monopolisé l’équivalent humain et technique d’un long-métrage. Le soi-disant “protocole” édicté par la production, aussi argument marketing _“environ 30 minutes, tournage rapide avec un petit budget”_ ne tient pas vraiment. Séduisant avec son côté “imaginé et conçu à l’arrache”, le “petit budget” a ici bon dos. Tokyo relève de la parenthèse récréative pour cinéastes gâtés.

Sinon? Rien de vraiment neuf sous le soleil levant… La “créature” post-atomique a été convoquée, ainsi que l’“ultra modern solitude”  et la promiscuité associées à la mégapole japonaise. Les difficultés de Gondry à développer un récit sont au rendez-vous, sa propension à se reposer sur des “trouvailles” naïves et so “cute” aussi…

Sinon? Variation sobre et poétique sur la déshumanisation qui gagne, le film du Coréen Bong Joon-Ho est plutôt réussi, le plus maîtrisé dans sa réalisation, comme lors du passage montrant l’errance du héros dans des rues tokyoïtes vides, sous une lumière blanche, irréelle…

Sinon? Et bien, “le Carax” est assez raté, plutôt ridicule (les prestations de Lavant et Balmer se résument à un concours, fort long mais assez créatif, de grimaces et borborygmes). C’est une farce peu inspirée, mais Carax s’est fait plaisir. C’est une farce de Carax, donc à valeur ajoutée. N’empêche que c’est le grand retour de Carax, “ex enfant terrible, surdoué, puis maudit, du cinéma français”, après le silence, l’exil new-yorkais, blabla...  Un excellent sujet de causerie.

C. Z 
Par Constance Z.
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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /Oct /2008 18:34

Qu’est ce donc qu’estimer un film de Woody Allen? Peut-on parler d’une indulgence paresseuse, d’une prime à la qualité versée, mécaniquement, à l’auteur new-yorkais “drôle, subtile, etc”… Que serait-ce donc que recevoir Vicky, Christina, Barcelona, sans connaître l’identité de son auteur?

Sur la seule foi du nom d’un réalisateur plébiscité, une oeuvre somme toute moyenne, moyennement distrayante et pertinente, intègre, à l’aise, une conscience collective certes prompte à ne retenir, hebdomadairement, qu’une référence filmique, voir deux… “Le dernier Woody Allen” : facile!

Est-ce un grand film? Non. Est-ce un film indigne? Non. Le fait que son réalisateur soit Woody Allen pèse-t-il dans cette dernière réponse. Oui, un peu… Cet opus se juge à l’aune de l’ensemble de sa filmographie, en circuit fermé, sur un rythme annuel… Est-il meilleur, moins bon, que le précédent, etc? 

Est-ce que ce film aurait pu être réalisé par quelqu’un d’autre?… Non… Qui envisagerait de narrer cette quête de soi, du bonheur et de l’amour, avec dépaysement géographique et culturel propice au trouble, à l’éveil de soi, etc…, qui n’est pas sans rappeler Chambre avec vue de Forster et ses Anglaises en villégiature italienne? 

Investie partiellement, avec précaution et snobisme, reconnaissable grâce aux constructions de  Gaudi et des accords de guitare, Barcelone s’apparente, ici, à une cousine éloignée du New-York upper east side d’Allen : Allen en livre une vision un brin aseptisée, subtilement touristique, quasiment désincarnée… C’est déjà ça. 

Ce marivaudage chic, agrémenté d’une touche arty (toi, peintre; moi, apprentie photographe; elle, peintre aussi…), met en scène deux Américaines aux profils tranchés_Vicky, sage godiche post-Diane Keaton, et Christina, blonde bien roulée chroniquement insatisfaite_ en séjour estival longue durée (coût global du séjour de deux mois, svp?)…

Arrive Bardem, déboule Pénélope Cruz… ça crie, ça s’aime, ça se trompe, ça doute, ça se quitte… Face à ce programme prévisible dans son déroulement, on est presque agréablement cueilli par sa conclusion, peu enthousiasmante, voire pessimiste et sombre, qui préjuge mal de la capacité des deux héroïnes à rebondir, à rencontrer le bonheur et le garder : ces rencontres demeureront sans suite, ces émois n’auront pas de conséquences…

Tout ça pour ça? C’est déjà ça…

C. Z 
Par Constance Z.
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